LE 50.ème ANNIVERSAIRE DE LA
DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME
LETTRE DES ÉVÊQUES DE BELGIQUE
Droits de l'homme et justice biblique
L'engagement pour les droits de l'homme dans un monde en changement
Le besoin d'une culture du respect
Les chrétiens doivent être à l'avant-garde
Le
cinquantième anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l’homme constitue une occasion particulière de
réflexion sur notre engagement chrétien en faveur des droits de l’homme, de la
justice et de la paix. Le message du 1er janvier 1998 du Pape Jean Paul II
était déjà placé sous le signe de cette commémoration et il avait pour fil
conducteur "La justice pour chacun conduit à la paix pour tous."
La
Déclaration universelle des droits de
l’homme du 10 décembre 1948 constitue un jalon dans l’histoire. L’article 1
proclame la dignité inaliénable de tout homme. "Tous les hommes naissent
libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués d’intelligence et de
conscience, et ils doivent se comporter les uns envers les autres dans un esprit
de fraternité". Dans le Préambule de
la Déclaration universelle, nous
lisons que "la reconnaissance de la dignité inhérente et des droits égaux
et inaliénables de tous les membres de la communauté humaine sont le fondement
de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde".
Dans
ce point de départ, nous retrouvons en tant qu’Eglise l’écho de notre propre
conviction la plus profonde. Dans la vie concrète de l’Eglise, on a manifesté
dès le début de l’attention pour la dignité humaine. La lutte pour que la vie
des êtres humains soit vivable est restée depuis lors une constante à travers
deux mille ans d’histoire de l’Eglise, même dans les périodes pendant
lesquelles les gouvernants de l’Eglise montraient dans leur conduite des
tendances contraires.
Jusque
dans son histoire récente, l’Eglise a soutenu et encouragé le dynamisme des
droits de l’homme, tant dans ses écrits que par l’engagement d’innombrables
fidèles dans le monde entier. Dans son encyclique Pacem in Terris de 1963, le Pape Jean XXIII insistait sur le fait
que la paix n’est pas possible sans respect des droits fondamentaux de l’homme
et doit reposer sur la vérité, la justice, l’amour du prochain et la liberté.
Au Concile Vatican II aussi, la Constitution pastorale Gaudium et Spes a décrit dans le même sens la mission de l’Eglise
et des chrétiens pour qu’il y ait dans le monde plus de paix et de justice. Et
dans sa première encyclique Redemptor
hominis de 1979, le Pape Jean-Paul II écrivait : "C’est dans le
respect des droits sacrés de l’homme que s’enracine la paix, tandis que la
violation de ces droits provoque la guerre, laquelle à son tour donne lieu à
des violations plus graves et plus lourdes".
La
Déclaration des droits de l’homme a beau s’appeler "universelle", son
contenu donne encore lieu aujourd’hui dans le monde entier à des discussions
animées. La description courante des droits de l’homme est née en effet dans la
tradition occidentale. Dans sa confrontation avec la diversité culturelle de
notre monde, naissent souvent de nouvelles vues intéressantes et des
adaptations s’imposent.
Cet
espace de discussion ne diminue aucunement l’importance de la Déclaration universelle des droits de
l’homme, au contraire. Il fait en sorte que les hommes ne cessent de
redécouvrir son importance à partir de leur expérience concrète et qu’ils se
sentent invités à affiner et à actualiser la Déclaration universelle.
C’est
ainsi que vient d’être approuvée par la Commission Droits de l’Homme des Nations-Unies une Déclaration sur les droits et devoirs des défenseurs des droits de
l’homme. En effet, si on insiste unilatéralement sur les droits à la
liberté, indépendamment des droits et devoirs plus sociaux, et si le sens du
devoir s’amoindrit chez les citoyens, c’est toute la société qui menace de
chavirer.
Il
y a quelques années Vivre ensemble
réclamait clairement "un avenir pour chaque enfant". Cela s’est fait
à l’occasion du cinquième anniversaire de la signature par la Belgique de la Déclaration universelle des droits de
l’enfant. Cette déclaration était elle aussi un complément et une
amélioration nécessaire de la charte des droits de l’homme, le résultat
d’expériences concrètes et une meilleure compréhension des mécanismes qui
aboutissent à la violation des droits des enfants.
La
protestation internationale contre les attaques continuelles contre le mode de
vie, la culture, le territoire et les traditions politiques des peuples
indigènes nous rapproche petit à petit d’une Déclaration universelle des droits des peuples indigènes.
A
partir d’une discussion permanente on a donc parcouru dans le passé des étapes
importantes vers un monde où les hommes sont réellement "nés libres et
égaux en dignité et en droits" et où ils "se comportent vis-à-vis les
uns des autres en esprit de fraternité".
La
Déclaration universelle, vieille de cinquante ans, est en effet née elle aussi
d’une expérience concrète : c’était une réponse à l’une des périodes les
plus sombres de l’histoire. L’horreur des chambres à gaz et des camps de
concentration ne devait plus se renouveler. Il était nécessaire de procéder à
ce propos au plan mondial à des accords contraignants. La rédaction et
l’acceptation de la Déclaration
universelle des droits de l’homme a été le premier devoir des Nations-Unies
nouvellement constituées. Pour la première fois dans l’histoire, des états
pouvaient être interpellés par d’autres états sur le respect des droits de
leurs sujets.
On
reconnaissait ainsi en principe le fait que chaque être humain est unique et
intangible. La déclaration devint un fondement sur lequel pouvait s’édifier
lentement mais sûrement un monde plus humain. Cela n’a pas marché comme sur des
roulettes; la preuve en est le travail tenace, persévérant et dans certains
pays vraiment dangereux des organisations pour les droits de l’homme. Encore
aujourd’hui, l’observation des articles de la Déclaration universelle reste un
problème dans une grande partie du monde, et par conséquent un combat qui n’est
pas gagné.
3.Droits
de l’homme et justice biblique
Le
patrimoine biblique et chrétien fait entendre une voix importante dans cette
réflexion sur les droits de l’homme. L’homme &emdash; tout homme
&emdash; est créé à l’image de Dieu : unique, intangible, revêtu de
dignité. Chaque fois qu’un être humain est lésé, humilié ou blessé, c’est une
offense faite à Dieu lui-même, un sacrilège.
L’exode
loin de l’esclavage d’Egypte constitue le point central de l’expérience de Dieu
faite par le peuple d’Israël. A partir de là, nous le savons une fois pour
toutes: un être humain ne peut pas être mené à la baguette, ne peut pas être
réduit au rôle de rouage dans un plan de société, ne peut pas être enfermé dans
un carcan idéologique.
La
liberté est le premier don que Dieu fait aux hommes. Du fait de cette liberté,
l’homme peut choisir ou non de s’engager au service de la viabilité du monde et
de ses habitants. Il peut choisir de se replier sur lui-même ou de se tourner
vers le salut de l’humanité, vers le règne de Dieu.
"Vous
frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette
liberté ne se tourne pas en prétexte pour l’égoïsme. Mais par l’amour,
mettez-vous au service les uns des autres. Car la loi tout entière trouve son
accomplissement en cette unique parole : tu aimeras ton prochain comme
toi-même" (Ga 5, 13-14).
Cet
extrait de Paul se rattache étroitement à l’intuition séculaire et à
l’expérience de vie de tant de peuples du monde : l’homme ne sera
pleinement homme que s’il se met au service de la communauté. Un homme qui s’y
soustrait perd une part de son identité, devient un homme blessé soumis à ses
propres pulsions vers le pouvoir, l’égoïsme, la soif de posséder. Un tel homme
a besoin de ‘guérison’.
La
manière d’agir de Jésus nous montre cette même attitude : il se fait le
défenseur des sans-droits et des petits. Mais l’homme pécheur, faillible reçoit aussi une toute
nouvelle chance de vie. Jésus n’identifie
pas le pécheur et le péché…
Le pardon peut guérir l’homme brisé et permettre un nouveau départ.
Dans
la lutte pour la justice, le chrétien,
à la suite de Jésus, choisira
de préférence des moyens
non-violents et voudra être lui-même miséricordieux
comme Dieu est miséricordieux. Faire
justice est dès lors autant affaire de structures, de législation et de
garantie des droits de chacun dans la société que de disposition individuelle
croissante des gens à faire de la société une communauté vivable pour tous.
4.
L’engagement pour les droits de l’homme dans un monde en changement
Notre
monde est confronté actuellement à une série d’expériences nouvelles qui
réclament un nouveau regard, de nouvelles réflexions, de nouvelles actions.
Au
Nord comme au Sud, les gens ont de plus en plus affaire à la même logique, à la
même façon de penser. Le marché libre, les entreprises multinationales, les
nouveaux médias sont tous des expressions d’une large mondialisation. La
politique économique (et sociale) est déterminée partout dans le monde par le
Fonds monétaire international, par la Banque mondiale et par l’Organisation
commerciale mondiale. De plus en plus les centres du pouvoir économique et
financier sont internationaux. Face à cela, il n’existe pas de force politique
suffisante. Les états nationaux ont toujours moins de prise sur ce fait. Ils
sont souvent forcés de s’adapter à la situation. La recette est alors la
diminution des salaires, les avantages fiscaux, la dérégulation.
Comme
presque tous les pays y sont impliqués, cela aboutit à une spirale négative. L’insécurité
devient dès lors le principe de base de notre vie à tous. Le travail, les
revenus, les soins de santé, la sécurité sociale ne sont plus vraiment garantis
pour personne. Nous sommes entrés dans ce qu’on peut appeler une société à
risque. En Europe, nous pouvons peut-être encore nourrir un faux sentiment de
sécurité : chez nous une majorité de gens est encore en mesure de garder
le bien-être matériel à son niveau, parce qu’ils sont soutenus par une sécurité
sociale qui reste encore debout. Pourtant ici aussi, le groupe
des exclus grandit, alors que ceux
qui peuvent encore tenir le
coup, doivent faire de plus en plus d’efforts. Tout comme partout dans le monde, les gens de notre propre société sont également confrontés aux mêmes conséquences de cette globalisation. Des thèmes comme
l’insécurité, la pauvreté, l’exclusion, le chômage, les menaces sur le milieu,
l’émigration, etc… sont devenus des problèmes mondiaux.
Du
point de vue culturel, il y aussi des conséquences. Les mêmes produits, les
mêmes tendances, les mêmes programmes de télévision peuvent se trouver partout
dans le monde. Ils forment l’enseigne d’une société qui fait son credo
de la logique implacable du toujours
plus et plus grand et qui, de ce fait, met sous pression les traditions les plus
nobles des cultures de notre monde.
"Tu feras concurrence ! Tu
travailleras ! Tu consommeras !"
Tels sont les trois commandements de plus en plus insistants
et contraignants du ‘village global’. En soumettant les gens à ces commandements, on augmente leur aliénation et on les atteint dans leur
dignité, leur autonomie et leur créativité…
On
aboutit en outre à une division de fait de notre univers. Une ligne
de séparation qui ne divise
pas tellement le Nord et le Sud,
mais bien une fracture qui coupe la société
en deux, aussi bien au Nord qu’au Sud, aussi bien
à l’Est qu’à l’Ouest. Elle sépare ceux qui
peuvent travailler et participer, de ceux qui ont définitivement
perdu la partie. Dans le système mondial actuel, une grande part
de la population mondiale reste exclue
d’une existence vraiment digne d’un être humain. L’extrême pauvreté de millions de personnes dans le monde est tout simplement inadmissible.
Pour les
croyants cette expérience heurte fondamentalement ce qui leur a été donné comme
conviction très
profonde : "Shema Israel, Adonaï Elohenu, Adonaï ahad" - "Ecoute, Israël, Yahwé est notre Dieu, Yahwé seul!".
La paix et la justice sont deux facettes du même rêve
qui a été déposé au coeur de tout homme. Dans la perspective biblique, les deux
sont nommées ensemble : "Justice et paix s’embrassent. La vérité
germera de la terre et du ciel se penchera la justice" (Ps 84, 11-12).
Selon la Bible il ne peut y avoir de paix que s’il est fait droit aux opprimés
et si les hommes sont libérés de toutes sortes d’esclavage et d’asservissement.
Dans les écrits prophétiques de la Bible, on ne cesse d’insister sur le droit
des faibles, des veuves, des orphelins et des étrangers. La paix
n’est possible que si personne n’est plus asservi, opprimé ou exclu.
Dans leurs
efforts pour "aimer Dieu de tout leur coeur, de toute leur âme, de toutes
leurs forces et de tout leur esprit, et leur prochain
comme eux-mêmes", les chrétiens cherchent
à s’unir aux nombreuses personnes et groupes
qui s’activent pour édifier
un contre-pouvoir et des changements structurels ou, comme Entraide et Fraternité l’écrit dans son texte-programme, "pour édifier
une fraternité universelle".
Sans aucun doute ils apportent
aujourd’hui une contribution essentielle à la traduction, dans le contexte international actuel, de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
La
perspective biblique de la justice, mais aussi les traités internationaux à
propos du volet socio-économique des droits de l’homme, parlent un langage
clair. Nos instruments au plan financier, économique et politique sont
toutefois dans de nombreux cas encore insuffisants pour protéger efficacement
les personnes et les pays les plus faibles.
A
ce propos nous osons insister en faveur d’une initiative visant à établir des
règles de droit internationales obligatoires pour la vie industrielle et à
mettre les entreprises multinationales sous contrôle démocratique. Ce n’est que
de cette manière qu’on pourra imposer à l’economie du marché libre des
corrections sociales et éthiques.
A
l’approche de l’an 2000, les Eglises chrétiennes prennent en la matière une
initiative spéciale. "Vous déclarerez sainte la cinquantième année, dit le
Lévitique (25,10. 35-36). Ce sera pour vous un jubilé : chacun de vous
retournera dans sa propriété (…) Si son frère est devenu pauvre, tu le
soutiendras. Ne retire de lui ni intérêt ni profit. C’est ainsi que tu auras
la crainte de ton Dieu".
L’année
2000 devrait être une telle année "jubilaire" ou "sainte". C’est du moins ce que l’Eglise s’est proposé. Ce devrait être une année où le monde se remet à réfléchir et à réaliser que
"la terre est de Dieu" et
que ce n’est pas celle de
l’économie du libre-marché,
ou de la concurrence ou des grandes
puissances politiques. Et
que par conséquent notre action doit être centrée sur la dignité et les chances
de vie de tous les hommes. Tout-à-fait dans la ligne de l’année jubilaire, les
Eglises chrétiennes demandent aussi que les pays les plus pauvres soient
libérés de leur immense montagne de dettes, de manière à pouvoir entrer dans le
21ème siècle sans être étranglés financièrement. Pour donner force à cette
demande, dès cette année, les Eglises chrétiennes ont lancé une "pétition
du Jubilé 2000", qui circule dans des dizaines de pays du Nord et du Sud.
5.Le besoin d’une culture du
respect
Dans tous
les domaines de la vie privée et publique,
on a besoin d’une culture du
respect du droit et de la vie. Il ne suffit pas de compter
sur la bonne volonté et l’engagement individuel de citoyens et de groupes. Un effort commun s’impose pour faire advenir un engagement mondial en faveur des droits de l’homme. Le noyau d’une telle culture
du respect se situe dans la recherche de l’honnêteté et de la justice dans
toutes les actions humaines. Dans notre propre société, l’opinion publique
attend intensément une telle culture.
A
ce propos l’attention se porte spontanément sur l’application des Droits de
l’enfant. La constatation de situations de maltraitance d’enfants a choqué et
blessé notre pays. Dans le cadre d’une politique globale de lutte contre la
pauvreté, notre attention doit également se porter sur la création de chances
d’avenir pour les enfants qui grandissent dans des familles socialement
vulnérables.
En
de nombreux endroits grandit le désir d’une politique et d’une justice plus
honnêtes, d’un commerce et d’une économie plus honnêtes, d’une information plus
honnête et moins tributaire du sensationnel.
"Il
est clair que la première responsabilité dans cette bataille (contre la
corruption) retombe sur les personnes qui ont des charges publiques. Il est de
leur devoir de veiller à une application équitable de la loi et à la
transparence dans tous les actes de l’administration publique (…). L’usage
frauduleux de l’argent public pénalise surtout les pauvres, qui sont les
premiers à souffrir de la privation des services de base indispensables au
développement de la personne. Et quand la corruption s’infiltre dans
l’administration de la justice, ce sont encore les pauvres qui en subissent le
plus lourdement les conséquences : retards, inefficacité, carence de
structures, absence d’une défense adéquate." (Message de Jean-Paul II pour la 31ème Journée mondiale de la Paix, 5).
Un
autre point névralgique est le respect de toute vie humaine, dès sa conception.
Chaque être humain, y compris les personnes gravement handicapées ou malades,
ou mourantes, a droit à une approche digne, sans que sa vie doive être
interrompue brutalement. Nous connaissons et respectons le drame de conscience
que vivent les femmes en cas de grossesse inattendue. C’est toute
la société qui doit créer les conditions
qui rendent possible l’accueil de la nouvelle vie. Jamais
on ne doit porter de jugement sur le comportement de personnes qui vivent un drame de conscience.
Dans notre
société vieillissante, nous devons continuer
à veiller à ce que les personnes âgées
aient dans la société la place qui leur revient et
leurs chances de participation. A juste titre, les
risques croissants qui pèsent sur l’insécurité de vie de ce groupe suscite de grands
soucis. Les personnes âgées ne peuvent pas être simplement présentées comme une
charge financière pour les jeunes générations. Maintenant déjà existe le risque
que l’expression "population active" soit comprise comme
"économiquement active et productive". De ce fait, on nuit à la
contribution propre que les personnes âgées peuvent apporter à l’édification de
la société.
Sous
la pression de la mondialisation de l’économie, la question de la possibilité
de payer la Sécurité Sociale se pose dans notre société. Dans la recherche de
solutions, il faudra rechercher les moyens de ne pas supprimer la solidarité
entre les citoyens et de ne pas accentuer le clivage de la société par une
privatisation croissante.
Nous
ne pouvons rien faire si nous ne sommes pas animés d’un esprit de miséricorde
et de réconciliation dans la justice. En cas de graves délits, il est
préférable de faire droit aux victimes sans tomber dans une attitude de
vengeance ou de haine. Même les auteurs qui doivent subir un châtiment justifié
restent porteurs de leur dignité humaine et des droits fondamentaux de l’homme.
La
culture du respect doit aussi être visible dans notre façon de traiter les
immigrés et les réfugiés. Il faut accorder une attention spéciale à la
situation des personnes qui séjournent dans notre pays depuis tout un temps
sans papiers valables.
Dans
une atmosphère d’ouverture, de tolérance et de dialogue, une bonne
compréhension a pu s’établir pendant les années écoulées entre les différentes
religions reconnues dans notre pays. Ensemble, nous continuons à nous engager
pour le respect de la liberté de religion, et pour une participation fructueuse
de tous les croyants dans notre société pluraliste.
En
vue d’une correction sociale de la liberté du commerce mondial, nous pouvons
aussi poser des actes qui permettent de toucher du doigt la culture du respect
dans notre propre vie. C’est ainsi qu’il existe des possibilités de placer
notre argent de façon morale. Et dans notre comportement de consommateurs, nous
pouvons veiller à acheter plus d’articles produits et mis en vente de manière
honnête.
Pour
rendre possible une culture
du respect, on peut attendre
beaucoup de tous ceux qui
portent une responsabilité dans l’enseignement, l’éducation et les médias. Ceux qui travaillent dans l’enseignement et l’éducation des jeunes peuvent les familiariser avec le sens des droits de l’homme et leur relation avec la paix et la justice. Ceux qui touchent un plus large public grâce
aux médias (écrits, parlés ou en images) ont pour mission de se laisser
guider par un respect absolu de la dignité humaine.
6. Les
chrétiens doivent être à l’avant-garde
L’engagement
pour les droits de l’homme, la paix et la justice n’est pas un à-côté dans
la vie du chrétien. Cela fait même tellement partie du coeur de cette vie qu’il
en est question lors de l’accueil de nouveaux croyants dans la communauté
ecclésiale. Pour devenir chrétien, on ne doit signer aucun
contrat, on ne doit payer aucune cotisation, on ne doit pas se retirer de la
vie du monde, on ne doit pas faire de voeux étrangers aux monde. Les promesses
chrétiennes du baptême ne contiennent que quelques phrases. Mais elles sont
tellement essentielles que nous les renouvelons chaque année pendant la Nuit
pascale, en signe de notre ‘renaissance à une vie nouvelle’ en union au Christ
ressuscité. Le chrétien promet de "rejeter le péché
pour vivre la liberté des enfants de Dieu; de rejeter ce qui conduit au mal
pour échapper à l’emprise du péché." La personne qui fait cette promesse
fait le choix d’une vie donnée, orientée vers le Royaume de Dieu, ces ‘cieux
nouveaux et cette terre nouvelle’, où il n’y a plus ni guerre, ni haine, mais
la paix et l’amitié pour tous.
Pour
réaliser ces paroles dans notre vie, la place que nous occupons dans la vie
sociale n’a pas tellement d’importance. Dans tous les endroits où notre vie se
passe, la famille, le travail, les déplacements, l’institution où nous
résidons, l’organisation à laquelle nous appartenons, l’engagement social ou politique
que nous assumons… cet engagement peut être comme un levain qui transforme la
société en un lieu où "la vie surabonde".
Par
conséquent cet engagement ne peut se réduire à la vie privée. L’engagement pour
les droits de l’homme, la paix et la justice ne peut se ramener à une
occupation durant les loisirs. Au travail, sur la place
publique, dans les structures de participation et en politique, les gens
peuvent mettre en question leur pratique concrète en fonction de leur souci du
respect de la dignité humaine.
En
même temps il est important que des hommes passionnés soient sans cesse prêts à
s’engager dans la politique. Ce n’est pas évident à l’heure actuelle : en
raison de leur perte de confiance vis-à-vis de la qualité morale du monde
politique, des personnes hésitent parfois à entrer concrètement en politique.
Elles se sentent plutôt appelées à influencer les prises de décisions par le
biais de structures de participation ou de groupes de pression. Pourtant nos
institutions démocratiques méritent d’être occupées en permanence par des
personnes qui ne cherchent pas le pouvoir, mais le salut et la participation de
la communauté.
Du
fait de leur foi en la résurrection, les chrétiens sont donc appelés à assumer
leur responsabilité en ce monde, avec tous les hommes de bonne volonté. Dans la
résurrection de Jésus de Nazareth, Dieu le Père a affirmé la valeur de cette
vie et de toute vie humaine pour tous les temps à venir. Nous pouvons appeler
en vérité le Ressuscité ‘notre paix et notre justice’. Qui se confie à
Jésus-Christ pénètre lui-même dans l’espace de grâce dans lequel la vie ne doit
pas seulement être extorquée comme un droit, mais surtout être reçue comme un
miracle du Dieu Créateur. Le droit à la vie, à l’intégrité et à l’inviolabilité
de la personne est ainsi enraciné encore plus profondément dans la conscience
religieuse car la vie est un miracle de l’amour de Dieu : "Seigneur
(…), je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. Etonnantes sont
tes oeuvres" (Ps 138).
L’Esprit d’espérance est à l’oeuvre dans le
monde, y compris au moment où se célèbre le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nous sommes ainsi
en route vers le grand jubilé de l’an 2000 et nous pouvons
célébrer le temps qui nous y amène comme une période de rétablissement de la paix, de réconciliation et de surcroît d’attention pour la justice.
Les évêques de Belgique
Le 10 décembre 1998